La discipline

Bien que la plupart des parents se rendent compte que fixer des limites est indispensable, le faire d'une façon efficace, constante, est une réalité assez ardue pour eux. Nous voulons tous que nos enfants soient « bien élevés », mais nous craignons soit d'en faire des êtres sans caractère, soit de les accabler par un nombre excessif d'interdits.

Au cours des dix dernières années, les parents sont devenus encore plus ambivalents quant aux problèmes de limites et d'autorité. Après leur journée de travail, ils ont horreur de passer le peu de temps dont ils disposent à la maison à faire de la discipline. Les enfants, quant à eux, attendent jusqu'au soir pour donner libre cours à leur comportement agressif dans un environnement sécurisant et plein d'amour. Leur besoin de trouver des limites est encore plus important lorsque leurs parents ont été absents toute la journée.

Certains parents hésitent devant une certaine sévérité parce qu'ils se rappellent avoir subi dans leur enfance une autorité trop sévère. Ils ne veulent pas répéter des souvenirs douloureux. S'ils ont été maltraités, ils redoutent de perdre leur contrôle, comme leurs propres parents. Ces parents-là doivent vraiment affronter consciemment leurs « fantômes », avec l'aide d'un spécialiste, afin de pouvoir répondre au besoin de discipline de leur enfant.

Comment instaurer l'autodiscipline

Discipline signifie « enseignement », et non « punition ». Ce que vous faites à propos de n'importe quel incident n'est pas aussi important que ce que vous apprenez à l'enfant à chaque occasion. La punition peut être une partie de la discipline, mais elle devrait suivre immédiatement l'écart de conduite, être brève et respecter les sentiments de l'enfant. Dès que la punition a eu lieu (par exemple la suppression d'une sortie ou d'une récompense), les parents devraient s'asseoir avec l'enfant puni et lui dire : « Je t'aime, mais je ne peux pas te laisser faire une chose pareille. Un jour tu sauras toi-même comment t'en empêcher et moi je n'aurai plus besoin de le faire. »

Les enfants sentent qu'ils ont besoin de discipline, ils iront très loin pour obliger leurs parents à leur fixer des limites. Vers la fin de la deuxième année, l'enfant manifestera ce besoin par des provocations évidentes. Que ce soit en touchant les boutons du téléviseur, en jetant de la nourriture par terre, ou bien en se mettant à mordre. Il commencera à explorer ce qui est permis et ce qui ne l'est pas, tout en se procurant des sensations fortes, faites d'excitation et de peur. Une fois qu'il sait marcher, il a toujours à sa disposition la possibilité de transgresser les limites de la sécurité.

Sans discipline, les enfants de cet âge se mettent à avoir des comportements d'enfants « gâtés ». Ils deviennent anxieux, font tous leurs efforts pour pousser leurs parents à fixer des limites qu'ils savent ne pas pouvoir trouver eux-mêmes. Il est important de fixer des limites avec fermeté et compréhension. Une autorité cohérente, réservée aux situations qui le méritent, ne constitue pas une menace pour la personnalité de l'enfant. Tout au contraire, elle participe à son travail d'apprentissage sur lui-même.

L'autodiscipline, objectif de toute discipline, passe par trois étapes : 1) L'expérimentation des limites par l'exploration; 2) La provocation, pour obtenir des autres une définition claire de ce qui est permis et de ce qui ne l'est pas; 3) L'assimilation de ces restrictions inconnues jusqu'alors. Par exemple, lorsqu'un de nos enfants a su ramper, il a tout de suite eu envie d'aller vers le poêle. Dès qu'il se précipitait dans cette direction, nous réagissions d'une manière très énergique qui lui convenait tout à fait. Prévoyant notre réaction, il regardait autour de lui pour s'assurer que nous l'observions avant de s'avancer pour toucher le poêle.

Si nous ne lui prêtions pas attention, ou bien il s'en allait, ou bien il faisait du bruit pour se faire remarquer. Jusqu'à ce que nous lui disions la phrase attendue : « Ne touche pas », il était très surexcité. Si nous avions la moindre hésitation, il tendait la main pour obtenir une réaction. Si nous réagissions violemment, ce qui arrivait en cas de fatigue après une journée difficile, il éclatait en sanglots. Mais, tout en pleurant, ses yeux nous observaient, et il nous semblait discerner une sorte de soulagement dans son regard. Au bout de quelques mois, alors qu'il ne rampait plus, mais commençait difficilement à marcher, il se dirigeait au pas de charge vers le même poêle, s'arrêtait, se disait tout haut « non » à lui-même, et puis partait en titubant vers d'autres aventures excitantes.

Il avait assimilé les limites que nous lui avions apprises. En revanche, nous pouvions constater que, lorsque nous manquions d'assurance, il en manquait aussi. Lorsque nous étions déterminés pour toutes les choses sérieuses comme ce poêle brûlant, il s'en rendait compte et de lui-même acceptait nos limites. Mais la plupart des problèmes ne sont pas aussi simples que celui-ci. La plupart du temps, les enfants se livrent à des provocations dans des domaines qui n'ont pas vraiment d'importance pour leurs parents.

Ceux-ci sont alors pris au piège de l'indécision : est-ce que cette fois cela en vaut la peine ? Si nous ignorons cette chose-là, est-ce qu'il en cherchera une autre? Est-ce qu'il faut être ferme maintenant pour qu'il m'écoute quand ce sera vraiment important? Étant donné que l'enfant sent toute indécision, il a tendance à répéter son comportement, ou même à l'intensifier. Vous pouvez très bien passer la journée à dire non à un enfant de cet âge, il passera la sienne à vous provoquer.

Si vous réservez votre autorité pour les problèmes importants - pour les choses qui comptent vraiment -, vous pourrez vous imposer avec assurance et fermeté; l'enfant le sentira et vous obéira. La discipline fonctionne bien lorsque vous pensez vraiment ce que vous dites, et lorsque l'enfant comprend qu'il est important pour lui de respecter votre décision. Et qu'il s'expose lui-même, ou qu'il expose les autres au danger ou à la douleur, son désir personnel de limites rejoint le vôtre.