Les mensonges

Prenons un enfant - nous l'appellerons Alex -, qui observe tous les soirs son père devant un nouvel ordinateur. Complètement absorbé, le père sourit, fronce les sourcils et éclate même bruyamment de rire lorsque son ordinateur lui donne des résultats non prévus. Un matin, alors que son père vient de quitter la maison pour aller travailler, Alex s'introduit en cachette dans le bureau pour inspecter l'ordinateur. En imitant son père, il se met à jouer avec les touches du clavier. Tout à coup, l'ordinateur se met à ronfler, à émettre des sonneries et il continue à bourdonner jusqu'au retour des parents le soir. Effrayé par ces bruits qu'il ne peut arrêter, Alex se cache. Son père, furieux de trouver son ordinateur dans cet état, arrive en trombe à la table du dîner et accuse tour à tour chacun des membres de la famille. Lorsqu'il interroge Alex, celui-ci, terrorisé, laisse échapper que la baby-sitter est entrée dans le bureau et qu'elle a touché l'ordinateur.

Alex veut tellement croire en son histoire qu'il commence à y ajouter des détails pour la rendre plus crédible. A ce moment-là, arrive la jeune fille, qui se justifie, et le père d'Alex est effondré devant l'imbroglio de mensonges élaboré par son fils. Il le punit sévèrement. Mais Alex a tellement désiré prendre ses désirs pour la réalité qu'il croit sincèrement que son histoire est vraie. Il se sent trahi et trouve la colère de son père injuste. Le résultat est qu'il y a peu de chances qu'il ait appris quoi que ce soit de positif de cette expérience.

Il a menti pour se protéger des accusations de son père, et s'est lancé dans une explication fantaisiste pour lui plaire et pour effacer les dégâts commis dans le but de s'identifier à l'attachement manifeste de son père pour son ordinateur. Plus la fureur de son père a augmenté, plus Alex s'est retranché dans ses inventions. Les parents d'enfants de quatre et cinq ans doivent s'attendre à de tels mensonges. Au moment où la pensée magique émerge, les parents devraient savourer, si possible, les résultats de haute fantaisie qui lui font suite. Réagir trop violemment risque de transformer tout cela en schémas définitifs.

Que faire lorsqu'un enfant ment?

Tout d'abord, essayez de comprendre les circonstances qui ont entraîné le mensonge. Faites confiance aux bonnes intentions de l'enfant, et essayez de comprendre ses raisons - ses fantasmes, son désir de transformer la réalité. Aidez-le à les comprendre lui aussi. Ensuite, ne poussez pas l'enfant dans ses retranchements, ne réagissez pas trop violemment. La conscience émerge tout juste à cet âge, la culpabilité vient après l'acte, en réponse à la désapprobation. L'objectif à long terme est d'aider l'enfant à « incorporer » une conscience - comme le disait Selma Fraiberg, « à faire passer le policier de l'extérieur à l'intérieur ». Des exigences trop rigides, des punitions trop sévères peuvent aboutir à l'un de ces trois résultats : l)une conscience trop intransigeante; 2) une révolte farouche qui fait paraître l'enfant amoral; 3) un recours invétéré, répétitif, au mensonge.

Si vous avez exagéré dans vos critiques ou vos punitions, ou si vous vous êtes trompé dans vos accusations, admettez-le devant l'enfant. Profitez de l'occasion pour lui dire combien vous êtes inquiet de le voir mentir. Mais assurez-lui que vous comprenez ses motivations. Rappelez-vous que l'amour que l'enfant a pour ses parents est plus grand que l'amour qu'il a pour lui-même. Il n'est que trop facile de détruire son sens de sa propre compétence. Vous saurez que vous progressez lorsque vous et votre enfant pourrez parler de chaque épisode de mensonge et lorsque vous pourrez l'aider à comprendre les raisons qui l'avaient poussé à cet acte. Dès que l'enfant parvient à reconnaître la vérité, vous pouvez être certain d'être sur la bonne voie. Plus tard, l'enfant commencera à respecter les sentiments et les droits des autres.

Si, au contraire, les mensonges se reproduisent encore et encore, s'ils deviennent de plus en plus insidieux et de moins compréhensibles, de moins en moins liés à la réalité, c'est peut-être que vous êtes trop exigeant avec l'enfant. Les autres signes qui indiquent qu'un enfant ne se sent pas libre de laisser évoluer son monde imaginaire à son propre rythme sont l'autopunition et le repli sur soi, une indisponibilité progressive, des manifestations d'angoisse généralisées et de dévalorisation personnelle, l'augmentation des peurs et des terreurs nocturnes. Devant une telle situation, vous devez abandonner les châtiments sévères et considérer vos propres réactions.

Examinez aussi les circonstances qui entourent les actes de l'enfant ainsi que les pressions qu'il subit. Laissez de côté tout ce qui n'est pas important. Reconnaissez devant l'enfant que vous avez réagi avec trop de dureté. Parfois, il est plus facile d'utiliser des poupées ou des histoires que l'on raconte pour aborder les problèmes par le jeu. Si vous êtes vraiment inquiet de la situation, demandez l'avis d'un professionnel. Rappelez-vous que le mensonge chronique n'est qu'un symptôme d'une angoisse ou d'une appréhension sous-jacentes. Il faut le prendre en considération et ne pas chercher à s'en débarrasser.