L'enfant et le vol

Comme pour le mensonge, un châtiment traumatisant n'aura d'autre effet que rendre ce comportement clandestin. Expliquer gentiment qu'il faut respecter le bien des autres et fixer des limites nettes est plus efficace. Une autre raison de voler, plus subtile, est le désir de s'identifier avec les autres. Au moment de l'école maternelle, le désir d'être comme les parents, les aînés ou les camarades d'école s'intensifie et l'enfant peut prendre des objets leur appartenant. Son raisonnement est très concret, il a l'impression que, s'il possède un objet appartenant à une autre personne, il s'identifie à elle. L'enfant n'a pas encore de conscience morale. Les sentiments de culpabilité émergent plus tard, à partir de la déception que manifeste l'entourage.

Le vol se manifeste vers quatre et cinq ans chez la plupart des enfants. C'est un comportement d'exploration et d'acquisition plus que le signe d'un tempérament mauvais. Si vous réagissez très fort, vous risquez de provoquer peur et récidives. Naturellement, c'est affolant pour les parents de voir un petit enfant voler quelque chose à quelqu'un d'autre, et particulièrement s'il montre bien qu'il comprend ce qu'il a fait en mentant à ce propos. Mais, si vous admettez que le vol est universel chez les jeunes enfants, si vous en saisissez les motivations, vous pourrez éviter de réagir avec excès et d'ancrer définitivement ce comportement.

L'objectif des parents, pour les vols comme pour les mensonges, est d'utiliser chaque manifestation pour en tirer un enseignement. Si vous aidez l'enfant à comprendre pourquoi il prend ce qui appartient aux autres sans l'écraser par la culpabilité, celui-ci reste disponible pour vous entendre lorsque vous lui parlez des droits d'autrui. Apprendre à respecter les possessions et le territoire des autres est un objectif à long terme. Si vous agissez avec doigté, chaque petit épisode de vol peut vous permettre de progresser dans cette direction.

Prévenir le vol

Tout d'abord, ne faites pas de scène, ne criez pas. Vous n'aboutirez qu'à effrayer votre enfant. Essayez de ne pas lui mettre d'étiquette de voleur en lui parlant et de ne pas revenir continuellement sur l'incident par la suite. Il est plus sage de ne pas confronter l'enfant à ce qu'il fait en lui demandant de façon précise s'il a volé; vous risquez de le pousser à mentir. Faites-lui simplement comprendre que vous savez d'où provient l'objet, en lui demandant de vous le donner si nécessaire et en disant : « Je suis désolé que tu aies pris quelque chose qui n'est pas à toi. »

Puis aidez l'enfant à rendre l'objet à son propriétaire et à s'excuser, même si cela signifie qu'il vous faut retourner au supermarché ou à l'épicerie et subir l'embarras d'avoir à rendre un article ou à le payer. Faites-vous rembourser par l'enfant en lui demandant d'exécuter des petites corvées ménagères. Et agissez de la même façon chaque fois. La prévention du vol implique de votre part une grande patience pour donner un enseignement d'une façon calme. Montrez à l'enfant comment demander ce qu'il désire. Établissez des règles simples sur le partage avec les autres, comme : « Tu ne prends pas un jouet à un enfant sans le lui demander et sans lui proposer un des tiens. »

Expliquez ce que signifie emprunter et rendre un jouet. « Tu dois demander si tu peux jouer avec. Si on te dit non, c'est non. Si on te dit oui, tu dois dire que tu le rendras. » « Si nous sommes dans un magasin et si tu veux des biscuits, demande-moi si tu peux les avoir. Si je te dis oui, attends que j'aie payé pour les prendre. » De cette façon, vous apprenez à l'enfant à respecter le bien d'autrui, vous lui montrez comment demander, et vous l'aidez à savoir attendre sa récompense. Il est également important d'expliquer pourquoi ces règles sont nécessaires - « pour protéger les jouets des autres de la même façon que tu veux protéger les tiens ». Quand un enfant vole, commencez par décréter une « pause », un moment où il sera seul, comme mesure disciplinaire, mais, très vite, allez le retrouver pour parler avec lui.

Votre objectif n'est pas de le punir, mais de lui apprendre que certaines choses appartiennent aux autres, et qu'il doit surmonter son envie de tout posséder. Essayez de comprendre pourquoi il a agi ainsi, et aidez-le à le comprendre lui aussi. Aidez-le à voir votre point de vue : vous ne pouvez pas lui permettre de s'emparer du bien d'autrui. Expliquez-lui clairement que vous essayez de comprendre ses motivations. Demandez-lui ensuite comment il prévoit de surmonter ce problème et laissez-lui une part de la responsabilité des limites. Enfin, le plus important, lorsqu'il réussit à se dominer, est d'être sûr qu'il comprend bien que vous êtes fier de lui.

Si les vols continuent, recherchez d'éventuelles causes cachées. L'enfant est peut-être culpabilisé, effrayé, et réagit selon une sorte de pulsion répétitive. Se sent-il tellement peu sûr de lui qu'il a besoin de ce qui appartient aux autres pour avoir l'impression d'être une personne complète ? Est-ce que les autres ont déjà un comportement réprobateur à son égard, est-ce qu'ils le considèrent comme un voleur? Si ces actes se reproduisent, l'enfant vous demande peut-être à sa façon une thérapie. N'attendez pas qu'il se sente complètement dévalorisé et que l'étiquette de voleur lui colle à la peau. Ayez recours à une aide extérieure - une consultation auprès de votre médecin ou du psychiatre pour enfants d'un établissement hospitalier.