L'enfant hyperactif

À partir de quatre ans, il contrôle de mieux en mieux ses réactions, son activité motrice, est capable de longs moments d'attention pour une activité qui l'intéresse. L'enfant agité bouge beaucoup, ne tient pas en place, se lève, s'assoit, trouble la classe, parle souvent vite, change facilement de sujet, s'attache difficilement à la même activité prolongée. Cette instabilité d'ensemble s'accompagne souvent d'une instabilité émotionnelle et du passage facile d'un grand contentement à un grand désespoir. Ce tableau n'est pas forcément permanent.

Il est des enfants agités à la maison, mais calmes et attentifs en classe, capables d'un effort soutenu, ayant de bons résultats scolaires. L'atmosphère de l'école leur convient mieux que celle de la maison, et il n'est pas très difficile de découvrir ce qui, dans les relations familiales, peut déclencher cette instabilité manifestement en réaction contre quelque chose. L'enfant agité à l'école mais calme à la maison a souvent peur de quelqu'un chez lui, de son père en général. Cette crainte le maintient dans un calme apparent vite dissipé lorsqu'il sort de chez lui. Cela constitue une gêne importante pour ses acquisitions scolaires. L'agitation, l'instabilité ne sont pratiquement jamais le symptôme d'une maladie évolutive, d'un trouble neurologique.

Certes, un enfant fatigué, inquiet un moment pour sa scolarité, peut réagir temporairement d'une façon inhabituelle chez lui, qui cédera à la disparition de ces causes occasionnelles. Mais l'instabilité permanente me paraît être toujours en relation avec un trouble psychologique. Les médecins ont beaucoup parlé d'enfants dits « hyperkinétiques » et il n'est pas question de nier les différences de tempéraments, mais l'enfant agité ou instable m'a toujours paru être un enfant non sécurisé, rendu inquiet par quelque chose, échec scolaire, quête d'une véritable affection, d'une compréhension réelle de la part de son entourage, et, si quelques thérapeutiques médicamenteuses peuvent rendre service, le traitement d'un tel état consiste surtout à en chercher les causes réelles et à aider l'enfant à retrouver la sécurité affective qui, dans le fond, lui manque.

Il s'agit aussi parfois d'enfants qui n'ont pas été élevés du tout, auxquels on n'a rien appris et surtout pas la loi ni le respect. Ils dérangent leurs parents à quatre ou cinq ans en étant agités, en mettant leurs chaussures sales sur les fauteuils. L'enfant à qui l'on a laissé croire qu'il commandait à la maison à deux ans devient angoissé, agité, hyperkinétique à quatre ans. Des thérapeutiques médicamenteuses sont proposées et ont été beaucoup utilisées en particulier aux États-Unis où I'hyperkynésie est considérée, à tort à mon avis, comme un trouble neurologique. Il y a eu des cas de petites villes où, par exemple, 8 000 à 10 000 enfants étaient soignés par médicaments, à tel point que les médecins prescripteurs eux-mêmes s'en sont alarmés. De telles erreurs doivent être évitées en France où la prescription médicamenteuse devrait rester exceptionnelle.