L'enfant et la mort

Jusqu'à 7 ans, l'enfant pense que la mort est un état réversible. Il s'amuse donc sans scrupule à tirer sur ses camarades avec son pistolet de plastique en criant : « Tu es mort ! Tu es mort ! » Lorsque son compagnon de jeu fait semblant de tomber, il est ravi, mais trouve normal de le voir se relever aussitôt. C'est seulement vers 7 ans que la notion d'irréversibilité de la mort apparaît. Alors surviennent les grandes interrogations.

Est-ce que tout le monde peut mourir ?

Voilà une question qui vous trouble, car il vous est difficile de dire à votre enfant qu'il est mortel.

L'enfant ne craint pas de mourir

Des milliers d'heures passées à l'écoute de jeunes patients, dont certains atteints de longues maladies, m'ont appris que l'enfant ne se soucie guère de sa mort à lui. Ce qu'il craint, c'est la séparation d'avec ses parents. C'est pourquoi, lorsqu'un enfant est hospitalisé pour une maladie grave, la présence chaleureuse et constante de sa famille est indispensable. Elle lui donne tous les courages pour supporter les lourdes thérapeutiques. Et le petit ne pose alors presque jamais de questions concernant sa vie ou sa mort. C'est de la vôtre qu'il veut parler. Même si, avec un tact naturel, il ne vous le demande pas directement, la question est : « Que deviendrais-je si vous disparaissiez ? » ; question tout à fait naturelle lorsqu'on songe à l'extrême dépendance affective et matérielle d'un enfant.

Et si vous mouriez ?

L'adulte a tendance à dire que seuls les vieux peuvent mourir et que la disparition de jeunes parents est peu probable. Mais l'enfant voit des accidentés de la route, entend parler de malades jeunes et se rend vite compte que la disparition de ses parents est possible. Il faut donc lui répondre de façon pragmatique : vous devez l'assurer que vous avez pris toutes vos dispositions pour son avenir. Quelqu'un qu'il chérit (sa grand-mère, sa marraine ou une. amie) pourra s'occuper de lui. Le seul fait d'aborder ainsi le problème va le tranquilliser. Tout en étant bien conscient que vous lui êtes indispensable, il ne craint plus d'être complètement abandonné, comme le Petit Poucet, par exemple.

Lorsqu'un proche parent décède

Vous avez tendance à différer la nouvelle auprès de votre enfant. Votre entourage vous y pousse d'ailleurs souvent, et vous conseille d'envoyer le petit chez des amis le temps des funérailles. Le désir de vouloir lui éviter un si grand chagrin est bien légitime, mais l'enfant perçoit qu'un événement grave est survenu et que les adultes chuchotent. La disparition devient alors encore plus douloureuse. Il se sent coupable de ne pouvoir soulager le parent restant, de ne pouvoir pleurer avec lui.

L'aider à faire son deuil

Les rites funéraires ont pour fonction d'aider les adultes à faire le deuil, de leur apporter le soutien des autres membres de la famille et des amis. Les pleurs, les témoignages, le cimetière, les faire-part, tout vous aide à prendre conscience de la solidarité familiale et en même temps de la séparation. L'enfant exclu de ces manifestations de chagrin aura bien du mal à admettre ensuite qu'il a vraiment perdu définitivement un être cher. Un maillon manquera dans son histoire, ce qui entravera son développement. Je ne dis pas qu'il faille lui annoncer la nouvelle de manière brutale, ni lui en parler tous les jours, ni le faire participer à toutes les étapes de l'enterrement. Mais l'informer en temps réel, ne pas lui mentir et l'emmener déposer des fleurs sur la tombe est indispensable pour que lui aussi fasse son deuil et puisse se construire en intégrant cette souffrance inévitable, en pouvant l'exprimer et la partager.