Les bonnes manières

Le savoir-vivre, l'éducation représentent nos valeurs, notre manière d'être face à la société. Nous en avons besoin toute notre vie pour entrer dans un groupe et nous y intégrer. L'éducation que nous révélons reflète nos structures sociales, elle est la charpente de toute position dans la société. Elle montre notre respect des autres, elle est essentielle pour se faire accepter d'eux. Très tôt, les bonnes manières prennent de l'importance. Des enfants de deux ans, voulant monter au toboggan, font la queue en respectant le tour des autres.

Si un enfant agressif s'introduit au milieu d'eux, le groupe va décider collectivement de permettre l'intrusion ou d'exclure le nouvel arrivant. A l'âge de deux ans, l'enfant doit déjà montrer à ses camarades qu'il respecte les règles du jeu. Les règles, comme les manières, définissent le comportement que les autres attendent de nous. Un enfant trop agressif ou trop replié sur lui-même pour suivre les règles est considéré comme indésirable par les autres. Nous ne pouvons pas échapper aux règles et au savoir-vivre, mais nous pouvons décider de l'importance des unes et de l'autre. Nos enfants se modèleront sur nos propres choix.

Les enfants commencent à en apprendre les règles dès la petite enfance, bien que la plupart des parents n'aient même pas conscience qu'ils les leur enseignent. Par exemple, lorsqu'un bébé mord le sein de sa mère, celle-ci réagit à la fois de douleur et de surprise devant l'agressivité de son enfant de cinq mois. Elle s'écarte, retire l'enfant du sein, et le réprimande : « Non, tu ne dois pas faire ça! » Elle vient d'enseigner au bébé les règles de l'allaitement; en les apprenant, le bébé apprend déjà à respecter l'autre.

Les parents ne prennent conscience de leur rôle de « professeurs » de bonnes manières que lorsque leur enfant se met à les provoquer, c'est-à-dire dans sa deuxième année. L'un des premiers terrains d'affrontement en ce domaine est le moment du repas. Tout en apprenant les règles, l'enfant de deux ans veut expérimenter toutes les possibilités qui lui sont offertes. Il doit renverser sa nourriture de son plateau, verser le contenu de son verre, s'écraser des aliments dans les cheveux, refuser un plat après l'autre, en faisant l'expérience de chaque règle possible, à la recherche de ses limites.

Au cours de la deuxième année, l'exploration des limites et de l'autonomie est plus importante pour le développement de l'enfant que l'apprentissage des bonnes manières que nous exigerons de lui plus tard. Vers quatre et cinq ans, alors qu'il a maîtrisé les techniques de base concernant les repas, il va commencer à s'identifier aux adultes de son entourage et copier les gestes qu'il voit faire par ses parents et ses aînés. De sa propre initiative, il va utiliser une serviette pour s'essuyer la bouche, se servir d'une fourchette et d'une cuiller, demander s'il peut sortir de table.

A cet âge, les enfants ont une forte envie d'imiter leur entourage. Mais si on lui dicte sa conduite, « fais ceci », « ne fais pas cela », un enfant de quatre ans plein de vitalité va se rebeller. Il a découvert comment faire les choses tout seul, et cette indépendance nouvelle est devenue trop importante et trop passionnante pour qu'il puisse se soumettre à des directives. C'est pourquoi votre meilleure chance de lui apprendre un comportement acceptable est tout simplement d'en faire vous-mêmes la démonstration à votre enfant. Si vous avez un enfant de trois ou quatre ans, je vous engage vivement à montrer l'exemple et à ne pas faire trop de commentaires sur les progrès de votre enfant dans le domaine de la politesse.