Transporter son bébé

Sur une courte distance, le bébé peut être tenu dans les bras d'un de ses parents. Mais cela devient vite inconfortable et immobilise les mains de l'adulte. Porter l'enfant sur la hanche peut constituer une solution, qui a le mérite de libérer un bras. Mais pour dégager les deux, il faut une sorte de hamac que l'on porte en bandoulière : un « porte-bébé ».Avec le système le plus simple, le bébé est cramponné à une hanche maternelle, le tissu passant sur l'épaule opposée de la mère. Depuis l'âge de l'ancienne Egypte, il existe également un système frontal, où l'écharpe passe derrière la nuque de la mère et fixe le bébé devant elle. Certaines populations tribales utilisent une large ceinture qui lie l'enfant sur le côté, pendant que la mère récolte la nourriture ou prépare le repas. D'autres le fixent dans le dos, se servant, pour le tenir en place, d'une sorte de cape ou de jupe dont la mère attache les pans devant elle.

Une technique plus avancée consiste à utiliser une planche à langer, sur laquelle le bébé est solidement maintenu. Cette planche, liée par des lanières à la taille et aux épaules maternelles, est transportée comme un havresac. Dans certaines cultures, la courroie qui retient la planche ne passe pas sur les épaules de la mère, mais sur son front, posée sur un coussinet. Cette solution semble assez éprouvante pour les muscles de la nuque, mais sa présence pendant plusieurs milliers d'années dans un grand nombre de régions donne à penser qu'en réalité, elle est moins inconfortable qu'il n'y paraît. Ces diverses méthodes de transport ont finalement cédé la place au célèbre landau, inventé en 1848 par M. Charles Burton, de New York. Pourtant, ce véhicule sur roues ne connut pas un succès immédiat. Comme les piétons qui se hâtaient dans les rues encombrées ne s'attendaient pas à le voir surgir brusquement sur leur passage, les collisions étaient fréquentes, et cette nouvelle entrave à la circulation provoqua une flambée de colère.

Au lieu de renoncer, Burton quitta les États-Unis et vint s'installer à Londres. La chance lui sourit lorsque la reine Victoria lui commanda une de ses voitures d'enfant qui, du jour au lendemain, se trouva ainsi gratifiée d'un statut social prestigieux. Dès lors, les mères se précipitèrent pour en acheter et la fabrique de Burton dut faire des prouesses pour répondre à la demande. Désormais, la fortune du landau était assurée. En 1865, il apparaissait dans les caricatures de presse, et un journaliste fit une description pittoresque de ce nouveau mode de transport : « Le landau nous a donné des enfants qui, le visage grave et lisse, considèrent les affaires de la vie, tandis qu'ils sont philosophiquement allongés dans leur voiture. »

Le landau a pris au gré du temps un profil de plus en plus aérodynamique et élégant avant de devenir la poussette-canne d'aujourd'hui. Ce véhicule plus léger, transportable, inventé en 1965, est plus facile à manipuler parce qu'il se plie et peut se ranger aisément ou entrer dans les magasins, les voitures et les trains. Plus récemment encore est apparue une version modernisée de l'écharpe nouée en bandoulière pour porter l'enfant. Là, le porte-bébé est attaché sur la poitrine ou dans le dos du père ou de la mère, qui reste libre de ses mouvements. Pour les parents sportifs, le retour de l'ancien mode de portage est le mieux adapté. Peut-être va-t-on finalement recourir aux solutions les plus primitives pour résoudre le problème de mobilité de la famille humaine?